S'engager pour la Santé des jeunes
Menu

Octobre 2018

Les alcooliers pour l’usage lucratif du cannabis !

Le marché du cannabis, en pleine expansion, deviendra-t-il un nouvel eldorado pour les géants de l’alcool, à ce point prometteur qu’ils l’investissent déjà ?

A titre d’exemple, Constellation Brands, la maison mère des bières Corona, a engagé plus de 4 milliards de dollars dans une société canadienne, Canopy Growth, spécialisée dans le secteur du cannabis.

Ou encore Diageo, le numéro un mondial des spiritueux (Smirnoff, Johnny Walker…), qui serait, selon l’agence Bloomberg, en discussion avec des producteurs canadiens de la plante.

Une effervescence qui n’échappe pas au français Pernod Ricard qui, tout en restant prudent, regarde de très près ce marché et « continue de l’analyser » selon son PDG Alexandre Ricard.

Notre avis

La légalisation du cannabis est souvent justifiée, à tort ou à raison, par le contrôle (du circuit de distribution, de la composition du produit…) qu’elle induirait… Qu’on se le dise, à l’avenir, le marché pourrait être particulièrement maîtrisé, contrôlé, régulé et ce, par les géants de l’alcool… nous voilà rassurés !

Ces derniers l’ont compris, cette plante et ses usages seront également euphorisants pour eux, car les enjeux financiers sont colossaux : le marché européen de la consommation du produit, pour ne citer que lui, pourrait peser jusqu’à 115 milliards d’euros .

Les perspectives de profit expliquent leur engouement, mais aussi la possibilité de renouvellement de leur offre, en particulier auprès des jeunes. Les propriétés du produit pourraient attirer de nombreux jeunes consommateurs en recherche de sensations, a fortiori si les marchés traditionnels porteurs (nous pensons à celui de la bière) se tassent. Aux États-Unis, plusieurs produits sont déjà disponibles : au Colorado, une bière sans alcool infusée au THC est commercialisée, produisant, selon son distributeur, « une sensation de stimulation, sans les éventuels lendemains difficiles ». Heineken y est également allée de sa création avec la marque Lagunitas qui commercialise, dans des boutiques spécialisées californiennes, Hi-Fi Hops, une eau gazeuse au goût de houblon enrichie en THC et CBD. La nature de ce produit, son packaging et ses promesses s’adressent à une cible jeune à qui il faut proposer de nouvelles émotions, via les produits (et ce d’autant que la société de recherche Cowen & Co. a constaté que les pays ayant autorisé la légalisation complète du cannabis ont connu une baisse des ventes de bière sur leur territoire).

Cette nécessité de renouvellement de l’offre va même jusqu’aux géants du soda qui constatent, chez leurs consommateurs, un certain détachement pour les boissons les plus sucrées… et bien, eux-aussi, ont récemment fait part de leur intérêt pour le secteur : Coca-Cola envisage des breuvages « bien-être » au CBD, tandis que Pepsico « se penche sérieusement » sur le sujet. Nous voilà maintenant plus que rassurés !

Au-delà des enjeux économiques, les questions de santé publique doivent nous alerter… Comment peut-on imaginer, avec des acteurs incitant ses (jeunes) clients à consommer toujours davantage, que nous serons dans un usage « raisonnable » du produit (sachant que même l’usage dit « raisonnable » pose question, l’étude du Lancet relative à l’alcool ayant mis en avant des risques pour des doses faibles) : comment les jeunes, s’agissant du cannabis, pourraient-il être « modérés » dans une Société du « toujours plus » et pour des sociétés (qui le commercialiseront) qui, elles aussi, seront sur ce credo ? Deux autres questions méritent également d’être soulevées : celle des effets sur la santé de la combinaison alcool + THC (peu d’études existent en la matière) et celle des passerelles… les consommateurs de bière « enrichie » au cannabis, n’iront-ils pas vers une consommation plus « traditionnelle » du produit, c’est-à-dire fumé ? A l’inverse, les consommateurs de la plante n’augmenteront-ils pas leurs consommations de bière par ce biais ? Autant de questions que les garants de la santé publique doivent se poser, ne comptons pas sur les alcooliers pour le faire…

D’autres articles qui pourraient vous intéresser

Flash Addict n°5

Flash addict N°5« Gaz hilarant » : Pas si drôle que ça ?Utiliser son siphon de chantilly et inhaler du protoxyde d’azote dans un ballon pour avoir un fou rire, vous connaissez ? Ce phénomène, au départ pratiqué dans les soirées d’étudiants en médecine, s’est développé...

Flash Addict n°4

Fash addict n°4Les alcooliers nous font marcher… et même courir !Début de soirée, après une journée de travail, vous vous laissez tomber sur le canapé, smartphone à la main. Vous parcourez votre fil d’actualité Facebook ou Instagram selon vos préférences et une...

Flash Addict n°3

Flash Addict n°3“Si vous ne fumez pas, ne commencez pas. Si vous fumez, arrêtez. Si vous n’arrêtez pas, changez” Merci Philip Morris pour ce slogan ! Vous rentrez dans un bureau de tabac et vous vous présentez au comptoir, un collégien attend derrière vous pour payer...

JOB ALERT : CDI francilien

CDI à Paris | Intervenant.e en préventionLa fête est de retour, les interventions aussi !Parce que la fête va reprendre de plus belle un peu partout en France et en particulier en Île-de-France où la culture festivalière est très ancrée, nous recherchons notre...

Flash Addict n°2

Numéro 2Cash-cash des alcooliersIl y a quelques semaines paraissait le reportage de cash investigation :“Alcool : les stratégies pour nous faire boire”. Le magazine d'investigation, dont le titre est évocateur, revenait sur certaines de ces stratégies, d’abord celles...

Flash Addict n°1

Numéro 1 Saint-Valentin, qu’importe le flacon…Les liens entre certains contextes et l’alcool sont bien ancrés : la Saint-Valentin ne déroge pas à la règle et est instrumentalisée dans le discours de nos chers alcooliers. Nous revenons ici sur l’éventail d’émotions et...

Flash Alcoolator : décembre 2020

Décembre 2020Le cheval de Troie des alcooliers ! Le Dry January, ou « défi de janvier » s’installe dans le paysage français de la prévention, même si cette année, sans doute en raison de l’omniprésence de la crise sanitaire, l’opération semble moins connue des...

Partager cet article